A Liège, l’Opéra Royal de Wallonie multiplie les premières ces jours-ci !

D’abord, après trois ans de travaux et de “ délocalisation ” sous chapiteau, avec la si attendue réouverture de la salle du Théâtre royal à la fois restaurée dans ses velours et ses dorures et modernisée dans ses équipements techniques. La curiosité des spectateurs était évidente l’autre soir ; eux aussi, manifestement, se réjouissaient de rentrer “ chez eux ”.

Autre première : pour inaugurer la première saison du second mandat de son directeur général, Stefano Mazzonis di Pralafera, la représentation scénique d’un opéra de jeunesse de César Frank (1822-1890) dont on ne disposait jusqu’alors que de la version pour chant et piano. C’est Luc Van Hove, un compositeur anversois, qui en a réalisé l’orchestration.

Quant à la mise en scène de cet “ opéra inédit ”, elle a été confiée au cinéaste belge Jaco Van Dormael (connu et reconnu pour ses “ Toto le héros ” ou “ Le Huitième jour ”), dont c’est… la première mise en scène d’opéra !

Et nous voilà donc emportés à Venise, où le carnaval bat son plein, pour y vivre la tragique histoire de Stradella, le chanteur, et de la belle Léonore, dont l’amour se heurtera aux sinistres intentions et aux noirs desseins du Duc de Pesaro, et de Spadoni, son âme damnée.

La partition de Franck-Van Hove ne manque ni de charme ni d’intérêt, un peu “ lisse ” peut-être et révélatrice d’un talent non encore abouti – le tout jeune compositeur n’avait sans doute que quinze ans - ; mais elle donne vie convaincante aux atmosphères multiples du fatal récit.

Pour illustrer celui-ci, Jaco Van Dormael a imaginé qu’il se déroulait dans une Venise où les eaux du ciel rejoignaient celle des canaux, une Venise sous la pluie, une Venise de l’aqua alta. Et ses personnages de se déplacer sur des pontons et même immergés (un exercice plutôt rare et parfois malaisé pour des chanteurs). Le cinéaste qu’il est, a l’art des enchaînements et garantit une belle fluidité à la représentation. Il multiplie aussi les images, dont certaines, très typiques de son regard particulier, sont délicieusement surréalistes – de magnifiques bulles de savon, des contre-jours, des ombres chinoises, des perspectives penchées, les reflets d’un grand miroir…

Quant à l’orchestre, tout heureux d’avoir retrouvé “ sa ” fosse, et dirigé par son chef permanent, Paolo Arrivabeni, il se réjouit manifestement de cette “ partition originale ”.

Stéphane Gilbart