Ainsi donc, Jérémie Rohrer "à la tête de son Cercle de l'harmonie" et Richard Brunel "à la mise en scène" signent la neuvième production des Nozze di Figaro du Festival d'aix-en-Provence. La lecture musicale, dans sa relative discrétion, permet aux voix d'exprimer une large palette de nuances significatives, jusqu'aux plus ténues. Quant à la mise en scène, elle est distrayante, plaisante.

L'intérêt de cette production dans ce lieu mythique qu'est devenue la Cour de l'archevêché "c'est la 64e édition du Festival ! "est qu'elle pose deux questions intéressantes, dont nous laisserons aux lecteurs le soin d'une réponse sinon définitive du moins personnelle.

La première est celle des représentations en plein air, avec toutes les contraintes, tous les problèmes acoustiques qu'elles supposent. Tous les lieux nocturnes étoilés ne sont pas des temples grecs ou romains à l'acoustique idéale ! Il y la déperdition des sons, il y a les sons parasites (hier, un hélicoptère plus qu'incongru au vol presque stationnaire ; ailleurs des cigales énervées). Et pour nous qui retrouvons régulièrement les productions d'aix dans le huis clos hivernal du Grand Théâtre de Luxembourg, la différence sonore est d'importance ! Mais, rétorqueront d'autres, la perte sonore est largement compensée par un environnement à l'atmosphère magique : beauté des sites, chaleur apaisée d'une nuit d'été, ciel étoilé, bonheur d'un temps oisif!

La seconde question porte elle sur l'intérêt de " l'actualisation " ou de la " délocalisation " des livrets : pour Richard Brunel, le Comte est devenu un brillant avocat qui " a réussi ", et tout le vaudeville se joue dans ses magnifiques bureaux-" maison de maître " ! l'on comprend le désir des metteurs en scène de se démarquer de leurs prédécesseurs, de faire référence à des évolutions de société qui ont en quelque sorte des échos rétrospectifs, d'en appeler à des lectures récentes nourries des " progrès " des sciences humaines. Mais un critère existe pour juger de ces métamorphoses : l'idée "" belle idée, beau concept " - s'arrête-t-elle à elle-même, sans réel prolongement, ou densifie-t-elle "intensifie-t-elle le propos original ?

Et il est remarquable alors que deux estimables confrères aient pu exprimer deux avis contradictoires à propos de ces Noces de Richard Brunel : " sympathiques et superficielles " pour l'un, " une modernisation réussie " pour l'autre ! Au moins distrayantes et plaisantes pour nous.

Photo © Jean-LouisFernandez

Stéphane Gilbart

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