©Patrick BergerA quelques kilomètres d'Aix-en-Provence, au bout d'une route en terre battue, on accède à un immense parc au milieu duquel s'élève une vieille bastide plutôt délabrée. Le lieu idéal pour une représentation de La Finta Giardiniera "la Fausse Jardinière. C'est là que vont (tenter de) se retrouver les protagonistes de cet opéra de jeunesse d'un Mozart qui N'a que seize ans.

Ne nous risquons pas à rendre compte de ses péripéties, c'est un labyrinthe narratif. Sachez simplement que la marquise Violante Onesti a été laissée pour morte par son fiancé le comte Belfiore à la suite d'une violente querelle qui les a opposés. Elle s'est enfuie et est venue se réfugier, sous le nom de Sandrina, prétendument jardinière, avec son domestique Roberto, devenu Nardo, dans le domaine du Podestat Don Anchise. Chassés-croisés, quiproquos, imbroglios ! Mais finalement, chacun de tous ceux qui ont investi le domaine trouvera sa chacune : Violante-Sandrina et Belfiore réconciliés, la fière Arminda et le longtemps désespéré Ramiro, la servante Serpetta et Nardo. Quant au Podestat, il est bien décidé à se marier lui aussi! quand il aura enfin trouvé " sa jardinière " !

Toute cette " course d'obstacles " vers l'autre est évidemment très " opera buffa ". n'empêche, et c'est pourquoi l'on considère cet opéra comme important dans l'évolution lyrique de Mozart, plusieurs de ses épisodes sont plutôt " seria ". Les personnages-marionnettes de la comédie amoureuse apparaissent alors comme des êtres humains complexes, avec leurs aspirations, leurs inquiétudes, leurs frustrations, leur solitude.

Nous l'avons souligné, un des bonheurs de la soirée est le lieu de la représentation. La scène, adossée à la bastide, sans cloisons qui la limitent, ouvre sur le parc. Quand la représentation commence, le soleil est toujours là , juste au-dessus des grands arbres. Peu à peu, l'obscurité va se faire, dans une incroyable symphonie de couleurs, et les projecteurs prendront le relais. Les personnages se découpent sur ce décor naturel-là .

Dans leur scénographie, Vincent Boussard, le metteur en scène, et Vincent Lemaire, son habituel complice, ont privilégié une certaine simplicité décalée, " non naturelle " donc : les vêtements sont très " typiques " (des bottes en caoutchouc et une robe en plastique vert pour la jardinière, une " grande tenue d'apparat " pour la fière Arminda), des fleurs artificielles et lumineuses sont montées sur une demi-sphère qui les laisse basculer, un tuyau d'arrosage très jaune se chargera de toutes sortes de significations!).

Un autre ravissement du lieu est que les spectateurs sont très proches du plateau, et plus encore de l'orchestre "de nouveau, le très justement mozartien Cercle d'harmonie, mais dirigé cette fois par Andreas Spering. Cette proximité immerge le spectateur au cœr de la musique de Mozart " se faisant ", si ravissante, si ludique, et si riche aussi en émotions intenses et en vérités humaines.

Quant aux interprètes "issus pour la plupart de cette pépinière qu'est l'académie européenne de musique, le beau projet " éducatif " du Festival -, ils ont l'entrain de la voix et du jeu qui convient, dans les galopades de la comédie comme dans les élans du cœr.

Photos ©Patrick Berger

Stéphane Gilbart

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