C’est la vingt-deuxième fois, depuis le 7 avril 1973, que l’Opéra de Paris reprend la mise en scène de Giorgio Strehler pour "Le Nozze de Figaro". Manifestement, le public ne s’en lasse pas.

Tout a commencé en effet le 7 avril 1973, "un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître", au Palais Garnier à l’époque : "Le Nozze de Figaro" de Wolfgang Amadeus Mozart étaient confiées à Giorgio Strehler, et installée dans des décors d’Ezio Frigerio. Un triomphe.

Depuis, cette mise en scène, aussi mythique qu’historique, n’a cessé d’être reprise. C’est qu’elle est tout entière au service de l’œuvre, "se contentant" de la transformer en images afin que ses sons et ses sens s’épanouissent au mieux et multiplient leurs échos. Strehler n’est pas "un donneur de leçons", il n’éprouve pas le besoin de souligner lourdement par des "originalités" d’actualisation ou de scénographie une signification que lui seul aurait découverte et qu’il consentirait à nous communiquer, en articulant beaucoup, comme on le fait quand on parle à des enfants ou à des interlocuteurs de piètre compréhension.

"Le Nozze" vont donc se dérouler tout simplement, "en ce temps-là", dans les immenses pièces et le parc du grand domaine d’un grand seigneur. L’essentiel est d’impulser un rythme soutenu aux péripéties d’une "folle journée", ainsi que le précise si bien le sous-titre de la pièce de Beaumarchais qu’ont retravaillée Mozart et son librettiste Da Ponte.

Et ce qui ressort merveilleusement de cette lecture-là, c’est la comédie, la grande comédie, d’intrigues, de caractères et de mœurs, Et l’on rit d’abord, et beaucoup, de ces rebondissements incessants, de ces personnages si typés, de leurs faiblesses, de leurs prétentions, de leurs ridicules humains. Mais la comédie laisse aussi entendre quelques sous-jacences plus radicales, plus sociales. Assez discrètement d’ailleurs, et l’on se rappellera que Mozart avait dû vaincre les velléités de la censure impériale pour son adaptation de l’œuvre bien plus sulfureuse politiquement de Beaumarchais.

Il n’est donc pas étonnant de constater que les plus grands interprètes de ces quarante dernières années, depuis le "dream team" de la création qui réunissait Tom Krause, Gundula Janowitz, Margaret Price, José Van Dam, Mirella Freni, Frederica von Stade, Tereza Berganza, Jane Berbié,  se sont relayés dans cette production.

Et le public d’aujourd’hui, qui découvre Evelino Pido à la tête de l’Orchestre de l’Opéra de Paris, est lui aussi plus que séduit à son tour : il fait un triomphe à ces "Noces"-là !

Stéphane Gilbart

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