Olivier Py en met évidemment “ plein la vue ” – on ne se refait pas - avec sa mise en scène des séquences agitées du “ Rakes’s progress ” d’Igor Stravinsky. Mais il sait se mettre au service d’une partition multiple et de ses interprètes.

“ The Rake’s progress ” est un opéra d’Igor Stravinsky créé à Venise, au Teatro de la Fenice, en septembre 1951. Nous suivons les traces de Tom Rakewell, un jeune homme qui prétend que tout est prédestiné, que “ ce n’est pas le mérite qui nous fait monter ou descendre, mais le caprice de la Fortune ”. Et celle-ci de lui être d’abord favorable en effet : un certain Nick Shadow vient lui annoncer qu’il hérite de tout l’or d’un oncle inconnu ! C’est le départ pour Londres afin d’y régler la succession, et la plongée dans la débauche. Il y aura ensuite son mariage avec Baba la Turque, la femme à barbe, un “ acte gratuit ” destiné à prouver sa liberté, à échapper au dilemme raison-passions ; il y aura le rêve d’une machine à transformer les pierres en pain ; il y aura la banqueroute consécutive ; il y aura un terrible défi à relever pour sauver son âme des griffes de Nick Shadow ; il y aura la folie et la mort. Mais il y aura eu aussi le retour d’Anne Trulove, la femme autrefois aimée, et les apaisements qu’elle apporte au pauvre fou.

Ce “ Rake’s progress ” est une œuvre qui multiplie les interrogations : Nick Shadow ressemble tant au Méphistophéles de Faust ; l’homme est-il soumis à un destin qui lui échappe ou doté d’un libre arbitre ; et l’amour, que ne peut-il pas ! Mais l’œuvre additionne aussi d’autres séquences, carnavalesques, orgiaques, oniriques.

Une réalité qui a évidemment séduit Olivier Py et qu’il a développée à l’envi : sur le plateau défilent des animaux bizarres, un homme-chien, des danseuses “ Folies-Bergères ”, un nain, des hommes-muscles ; les néons changent de couleur et se mettent à tourner – roues de la fortune - ; perruques orange, lumières tamisées, poses lascives, vêtements scintillants, un squelette en plastic sont bien sûr au rendez-vous. Olivier Py, on le sait, aime en “ mettre plein la vue ”.

On pourrait craindre, et l’on craint à l’une ou l’autre reprise, avec un peu d’agacement, une certaine saturation visuelle finalement convenue– d’autant plus qu’aujourd’hui, rien de scénique ne nous choque plus. On peut s’interroger sur certaines insistances, non pas du point de vue des bonnes mœurs, mais parce qu’elles ralentissent ou alourdissent le propos.

N’empêche, Olivier Py réussit une superbe mise en évidence scénique du drame existentiel de son personnage et de la belle figure rédemptrice d’Anne Trulove. Il sait alors les installer dans un écrin (mise en place, lumières, éléments de décors) qui donnera tous leurs échos à leurs chants.

Et ils sont beaux ces chants, comme est belle une partition qui, plutôt qu’un pastiche, est davantage l’habile reprise conjuguée de tant d’atmosphères qui ont défini l’art lyrique.

Stéphane Gilbart

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