Une source d’inspiration : l’histoire merveilleuse de Cendrillon telle qu’on la retrouve en tous temps et en tous lieux (elle est attestée en Chine au… IXe siècle avant Jésus-Christ), l’histoire de cette jeune fille humiliée qui, d’un coup de baguette magique, devient la plus belle pour aller au bal, doit s’en enfuir avant le douzième coup de minuit, y perd sa pantoufle de verre (ou plus exactement, n’en déplaise au librettiste et à Perrault, de vair, de fourrure)… un précieux indice qui permettra sa reconnaissance et son apothéose amoureuse partagée avec le Prince Charmant.

A la fin du XIXe siècle, s’inspirant de Charles Perrault et des frères Grimm, un compositeur, Jules Massenet (1842-1912), reprend ce conte et l’enrichit de nouvelles “ couleurs ”. Indépendamment des aménagements que le librettiste Henri Cain apporte à l’intrigue, c’est en effet surtout sa partition qui en accroît les effets. Massenet s’est bien amusé pour bien nous amuser. Les atmosphères musicales sont savoureuses, le plus souvent “ soulignées ”, vraiment sentimentales, absolument drolatiques, délicieusement parodiques ou intensément moqueuses. Les personnages sont représentatifs de cette réécriture musicale : le Prince Charmant, si déprimé, est d’abord muet (Massenet en a confié le rôle à une mezzo-soprano, ce qui a surpris – elles nous l’ont avoué – pas mal de spectatrices déçues dans leur attente d’un “ ténor charmant ”) ; la belle-mère, la marâtre, Madame de la Haltière, devient une sorte de Castafiore aux gesticulations aussi vocales que physiques ; la fée est une magicienne belcantiste ; Pandolfe, le pauvre père dominé, un baryton velléitaire ; quant aux deux sœurs, les notes qui les caractérisent ne les épargnent pas !

La mise en scène de Benjamin Lazar – on se rappellera ses féeries baroques : Il Sant’Alessio, Cadmus et Hermione, Egisto - s’est mise au diapason de cette partition-là : sa mise en espace des personnages, leurs déplacements, leurs mimiques, leurs attitudes, tout illustre, tout multiplie – à la manière d’un beau livre d’images animées – ce que les notes expriment déjà si bien.

Ajoutons que Benjamin Lazar s’est souvenu que cette Cendrillon créée en 1899 avait suivi de peu la réouverture après incendie de l’Opéra Comique de Paris, une réouverture marquée par une révolution technique : l’électricité, et toutes ses possibilités scéniques, remplaçait le triste éclairage au gaz. C’est ainsi que la belle fée marraine est aussi une extraordinaire fée électricité, et que lampes, lampions et guirlandes lumineuses s’illuminent à foison !

Et le public séduit, au sein duquel de très nombreux jeunes spectateurs, d’ouvrir de grandes oreilles et de grands yeux…émerveillés !

Stéphane Gilbart