Une “féerie lyrique”! C'est bien ainsi que l'on peut définir le Cendrillon de Jules Massenet.

Il y a d'abord le plaisir de retrouver le bon vieux conte de fées, de s'attrister de la si triste condition de la petite souillon, de s'agacer du ridicule agressif de la marâtre et de ses deux pimbêches de filles, de se réjouir du surgissement de la marraine-fée, de s'émerveiller devant les métamorphoses miraculeuses qu'elle provoque, de s'émouvoir de la rencontre-coup de foudre, de s'inquiéter de l'heure qui passe - bientôt minuit - et d'assister, en sachant déjà ce qui va advenir, à la séance d'essayage de la chaussure. Tout est bien qui finit évidemment bien!

Jules Massenet, que l'on réduit trop souvent à Werther ou Manon, y ajoute les charmes - absolument féeriques eux aussi - d'une musique aux atmosphères multiples: émouvant monologue désespéré, vocalises acrobatiques, fête baroque, duos douloureux ou romantiques, danses endiablées, airs furieux ou ironiques. Une découverte bienvenue que celle de cette musique-là.

Et cette “féerie lyrique”, Benjamin Lazar l'accomplit dans sa mise en scène. Benjamin Lazar, c'est l'homme des lumières “naturelles”, à la bougie, des reconstitutions fidèles, à l'identique. Et nos yeux se souviennent alors du Sant'Alessio de Landi ou du Cadmus et Hermione de Lully.

Cette fois, ayant appris que cet opéra, commandé à Massenet, en mai 1899, pour la réouverture de l'Opéra Comique de Paris, après un incendie dévastateur, avait profité des possibilités “spectaculaires” d'une invention encore récente, l'électricité, Benjamin Lazar a décidé d'en jouer dans sa mise en scène. Et nombreuses sont donc les interventions, magiques évidemment, de cette “fée” des temps modernes. Ajoutons-y un joyeux délire dans la conception de costumes extravagants, une inventivité savoureuse pour quelques moments-clés du récit (des vêtements-lampes, par exemple), et de ravissants intermèdes dansés.