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Die Walküre | München | Nationaltheater | 11/05/2003 |
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Zubin Mehta (dm) David Alden (ms) Nike Wagner (dr) Beate Vollack (chg) Gideon Davey (dc) Max Keller (l) |
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![]() photo © Wilfried Hösl La Walkyrie a été créée à Munich en 1870. Depuis, elle n'a pas quitté l'affiche, et la rivalité avec Bayreuth est une stimulation supplémentaire pour que chaque nouvelle production de la Tétralogie soit un événement, suivi avec enthousiasme par un public nombreux. Si l'opéra de Munich avait une réputation de grand conservatisme, celle-ci a été balayée par l'arrivée de Sir Peter Jonas en provenance de l'ENO (English National Opera) en 1993. C'est aussi à l'ENO que David Alden a acquis ses galons de metteur en scène iconoclaste. Le public munichois, qui s'habille toujours plus strictement que le public parisien, ne semble par contre pas manifester une hostilité aussi systématique aux mises en scène provocantes. Quelques vagues huées à la fin de l'acte II de la Walkyrie, aucune pour Siegfried, manifestemment déjà digéré depuis sa création en novembre 2002. Et pourtant, il y a de quoi frémir! Après que l'on s'est projeté pendant l'ouverture son cinéma personnel à base de forêts profondes, de huttes et de clairières, le rideau s'ouvre sur un appartement populaire défraîchi, démesurément étiré aux dimensions du plateau. La tapisserie à fleurs est omniprésente, elle couvre même le trou du souffleur! Quant à Siegmund, il fait son entrée en se glissant entre le cadre de scène et la cloison, avant de ramper vers le frigo rose, où Sieglinde trouvera bien sûr de quoi le désaltérer! On pourrait reprocher à la mise en scène de David Alden d'être faite de bric et de broc, sans unité. Comme ce sera le cas dans Siegfried, chaque acte est l'occasion d'une ambiance nouvelle, les personnages traversant l'oeuvre étant le seul fil conducteur. David Alden peut ainsi trouver des effets ponctuellement efficaces, mais au détriment d'une logique d'ensemble qui ne peut plus être que celle de l'ironie et du kitsch. C'est une gageure pour les chanteurs, car David Alden leur demande apparemment de jouer les sentiments du livret tout en le décalant totalement par les décors, les costumes et l'action scénique. Si l'on ne s'attache qu'aux expressions des visages et des voix, au jeu "microscopique" des chanteurs, on peut même avoir l'illusion d'assister à une représentation traditionnelle. Est-ce parce que les chanteurs wagnériens sont de tels "monstres sacrés" qu'on ne peut pas leur demander, en plus de leurs prouesses vocales, de jouer autre chose que ce dont ils ont l'habitude? Ou bien ce feuilletage de degrés de lecture est-il voulu par David Alden? Cela lui permet en tout cas de ne pas contredire la musique et le livret, de ne pas lutter contre mais d'apporter juste un niveau de représentation et de commentaire supplémentaire. Gabrielle Schnaut joue d'ailleurs à merveille le personnage de "Walkyrie de cabaret" qui lui est assigné. Le couple Waltraud Meier / Peter Seiffert est vocalement très solide, après une mise en voix un peu laborieuse pour chacun des deux. Waltraut Meier inquiète d'abord avec des sons ouverts, un timbre vieilli, chevrotant et nasal, un léger "grelot" et des irrégularités, mais elle a simplement besoin de se mettre en train. Sa voix s'épanouit pour répondre au magnifique "Winterstürme" de Seiffert. Elle retrouve alors ligne, puissance et rondeur dans l'engagement de ses longues phrases lyriques et le couple déchaîne à juste titre l'enthousiasme du public à la fin de l'acte. Que dire de plus sur la mise en scène? Un fil conducteur, que l'on retrouve dans Siegfried, consiste à montrer sur scène les rapports érotiques (ou les obsessions sexuelles) qui ne sont habituellement qu'entre les lignes, dans les inflexions musicales, hors-champ ou entre les scènes. Ce sera particulièrement le cas avec Wotan, que sa transformation en Voyageur ne dépouillera pas de sa libido. C'est ici le cas entre Hunding et Sieglinde, dont l'étreinte-viol occupe l'interlude musical pendant lequel Sieglinde prépare habituellement la "boisson nocturne" (Nachttrank) de son mari. L'acte II montre Brünnhilde en meneuse de revue de cabaret, en queue de pie rouge, chapeau haut de forme et fouet. Des soldats grisâtres, sortes de revenants de la première guerre mondiale, se traînent par terre... On les verra repasser de temps en temps, avec ou sans masques à gaz, et ils représentent peut-être l'élément le plus douteux de la mise en scène, avec le personnage à la tête harnachée comme un cheval qui joue inutilement l'acteur-spectateur-mime-déplaceur de chaises que les metteurs en scène venus du théâtre éprouvent souvent le besoin d'introduire pour meubler le vide qu'ils éprouvent à l'écoute d'une musique qu'ils ne ressentent pas. Fricka est une caricature de bourgeoise en tailleur Chanel, sac à main à chaînette en or, renard et permanente, comme une image de plus dans la galerie des fantasmes féminins de Wotan, dont le défilé se poursuivra dans Siegfried. John Tomlinson est vocalement et dramatiquement parfait - mais le monologue explicatif de Wotan est quand même trop long! Gabrielle Schnaut possède et chante toutes les nuances vocales de son rôle. On rêve à ce qu'elle pourrait accomplir avec une plus grande complicité du chef. Certes, elle a les moyens vocaux de dominer l'orchestre en restant forte de bout en bout, mais ce n'est pas le but du jeu! La scène la plus délirante de cette première journée de la Tétralogie est celle des Walkyries à l'acte III, malgré une chevauchée orchestralement un peu dispersée. Les Walkyries, habillées en soldates, tapent à la machine et scrutent le ciel avec des jumelles dans un grand bureau grisâtre en béton. Au fond tourne un grand ventilateur. Les poilus déjà mentionnés marchent sur le sommet du mur du bureau (qui n'a pas de plafond) et y laissent tomber de temps en temps une valise en carton ou un cadavre. Puis une walkyrie tient quatre poilus en laisse, tandis qu'une autre les abat - là, ça devient un peu gratuit? John Tomlinson touche au sublime dans son adieu à Brünnhilde, bouleversant d'intensité et de justesse émotionnelle. Il est facile alors pour l'orchestre de poursuivre sur cette lancée et d'amener le public munichois au bord du délire lors du rideau final! Alain Zürcher |
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