|
|
L'Amant Jaloux | Paris | Opéra Comique | 15/03/2010 |
|
|
|||||||||||||||||||
|
Jérémie Rhorer (dm) Pierre-Emmanuel Rousseau (ms) Thibaut Welchlin (d) Pierre-Emmanuel Rousseau et Claudine Crauland (c) Gilles Gentner (l) |
|
||||||||||||||||||
|
|
|||||||||||||||||||
![]() photo © Pierre Grosbois "Comédie mêlée d'ariettes", voilà qui identifie bien le propos. La trame est plaisante, légère et convenue comme il se doit : l'Espagnol est jaloux, le Français volage, le père garde sa fille, la servante est mutine etc. Sur cette trame se greffent des ariettes et des ensembles, tantôt bouffe, tantôt tendres. Dans les passages bouffe, plutôt qu'un "Mozart français", on entend une transposition assez mécanique de la musique simpliste de la Serva padrona de Pergolesi, encore loin du génie "motoriste" avec lequel Rossini transcendera ce style. Grétry semble, avec le public de son époque, avoir choisi son camp dans la "querelle des bouffons"! Mais l'oeuvre comprend aussi ses passages tendres : pas de sublime "Dove sono", mais plutôt de jolies romances. La plus connue, "Tandis que tout sommeille", est la seule que l'on fredonne à l'entrée mais aussi à la sortie du théâtre. "Ô douce nuit" pourrait en être le pendant féminin, mais son alternance d'allegro (un poco agitato!) et d'andante la fait sortir du cadre de la romance purement élégiaque. Elle en devient par contre un bon air d'audition, puisqu'en quelques minutes la chanteuse, ici l'excellente Daphné Touchais, peut faire preuve de qualités diverses. Mozart? On le retrouve quand même lorsque quatre personnages exigent ou craignent la sortie d'un cinquième du pavillon du jardin, qui est un décalque pur et simple de la scène des Noces ou Chérubin est enfermé dans le cabinet. L'arrivée successive des trois hommes entonnant le même "sans trop être indiscret" est d'un bon effet comique. Oeuvre plaisante donc, idéale pour un spectacle de fin d'études de conservatoire - à l'exception de sa distribution, qui requiert 2 ténors et 3 sopranos! Les jeunes chanteurs programmés ce soir se sortent très bien des parties parlées de leurs rôles. Ils ont un gabarit tout juste suffisant pour en assurer les parties vocales dans cette salle d'un volume raisonnable. Pour les soutenir dans cette oeuvre délicate, le Cercle de l'Harmonie aurait pu déployer plus de finesse. Dès l'ouverture pot-pourri, il joue avec un tonus un peu appuyé. Les cuivres ne sont pas toujours parfaits. La sérénade du ténor est rendue avec grâce, mais cette grâce ne nimbe pas le reste de l'oeuvre - oeuvre il est vrai à facettes, que l'on ne saurait réduire à ce caractère de "boudoir". Les ensembles, bien écrits, sont réussis sans lourdeur. Côté mise en scène, rien d'extraordinaire. L'accent est mis sur les toiles peintes recréées par le Centre de Musique Baroque de Versailles, mais les éclairages sont ce soir modernes. Si ces toiles peintes sont censées faire rêver, on peut discuter de l'à propos de les montrer nues et mal éclairées pendant l'ouverture. Le "plateau nu jusqu'au mur du fond en briques lépreuses" est un cliché de la scénographie contemporaine, qui ne fonctionnerait ici que si le spectacle qui y succède était réellement magique par ses atmosphères et ses éclairages, ce qui n'est pas le cas. La priorité est donnée à la simple transmission du texte, mais les personnages n'auraient-ils pas pu être construits et approfondis de manière moins conventionnelle? À voir jusqu'au 21 mars à l'Opéra Comique. Alain Zürcher |
| contact |