Écoutes de Spectacles

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**** L'Egisto Paris Théâtre de l'Athénée 19/10/2011

 
Jérôme Correas (dm)
Jean-Denis Monory (ms)
Françoise Denieau (chg)
Adeline Caron (sc)
Chantal Rousseau (c)
Olivier Oudiou (l)
Egisto  : Muriel Ferraro
Alvida, Virtù  : Charlotte Plasse
Armindo  : Christine Tocci
Eurilla, Voluttaà  : Anouschka Lara
Ozio, Rosilda, Silvia  : Blandine Folio Peres
Moschino  : Dagmar Saskova
Dorillo  : Lucile Richardot
Silvano  : Jan Jeroen Bredewold
Zanni  : Matthieu Chapuis
Coviello  : David Witczak
Narnese  : Marc Valéro


photo © Didier Saulnier

Le théâtre de l'Athénée poursuit sa politique exemplaire d'accueil de spectacles variés et novateurs. Ce n'est pas l'Egisto vénitien de Cavalli qu'il présente, mais un plus rare Egisto de Marazzoli et Mazzocchi, créé à Rome quelques années plus tard. Ce fut aussi le premier opéra italien présenté à Paris (ou du moins à la cour!), sous l'impulsion du cardinal Mazarin. On y trouve un mélange archaïque et savoureux de scènes nobles, de commedia dell'arte et de scènes burlesques en napolitain.

Un tel mélange convenait idéalement à un travail en compagnie de jeunes chanteurs, mené grâce à la fondation Royaumont. Les artistes doivent savoir passer de la voix parlée à la voix chantée, mais aussi utiliser différentes nuances de voix parlée et différents degrés et timbres de voix chantée, notamment en passant d'un personnage à un autre! Ils s'en sortent tous très bien. Si les voix sont plus ou moins "belles", ce qui n'est justement pas le but, on ne regrette que l'émission très pharyngée de Blandine Folio Peres.

Les costumes, inspirés de l'époque, sont beaux et efficaces, comme les lumières qui les mettent en valeur sans surprise. Le décor de planches pouvant être dressées à la verticale aurait pu être plus développé et mieux utilisé.
Le spectacle est long et certaines scènes comme certains personnages gagneraient à être encore mieux différenciés. Le jeu est cependant toujours fluide et intéressant.

Le personnage principal étant sublimement bon, il paraît tout aussi sublimement niais mais est récompensé à la fin. « Chi soffre, speri » est en effet le sous-titre de l'oeuvre! Les femmes qui l'entourent sont heureusement plus mesquines et intéressées, et les intermèdes bouffe dissipent régulièrement l'ennui qui pourrait s'installer.
Il est intéressant de constater que dans l'histoire de l'opéra (et du théâtre), on a d'abord préféré équilibrer par des intermèdes carrément bouffe le sublime dont l'on n'envisageait pas de priver les personnages nobles. Puis l'exposé de sentiments moins nobles et plus complexes a peu à peu été permis aux personnages principaux, ce qui a rendu inutiles leurs pendants de bas étage, puisque les personnages principaux eux-mêmes ont suffi à représenter toutes les facettes de l'humanité. Cette soirée nous plonge dans un stade antérieur de l'élaboration de la forme opéra.

Sous la direction de Jérôme Correas, Les Paladins jouent avec un élan constant, parfaitement en phase avec le plateau. Les sonorités des cornets à bouquin sont particulièrement savoureuses. Ils démontrent ainsi leur excellence dans un répertoire où l'on attend davantage le Poème Harmonique de Vincent Dumestre. Et aux saluts finaux, c'est à l'Opéra Comique que l'on croit se trouver, tant l'effectif et l'impact scénique de cette production semblent déborder les dimensions de la scène de l'Athénée!

À voir au Théâtre de l'Athénée jusqu'au 23 octobre puis à Massy, Poissy et Herblay en février 2012.

Alain Zürcher

 

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